Appareils à miroir fixe

Des modèles rares

Les appareils à miroir fixe, du moins ceux qui sont à peu près connus, se comptent sur les doigts des mains de... pas grand monde.

Chez Canon, à ma connaissance, dans l'ordre chronologique, il y eut le Pellix, les Canon F-1 spéciaux, l'EOS RT et l'EOS-1n RS.

Chez Nikon, le F2 spécial à 10 im/s.

Et si vous en connaissez d'autres, faites-moi le plaisir de me mailer.

Canon PELLIX (1965)

En Anglais «pellicle» signfie bien lamelle, pellicule, mais pas au sens «film» que lui donnent les Francophones. Il faut y voir une allusion à la fine lamelle semi-transparente épaisse de quelques microns seulement qui constitue le miroir de ce reflex.

Le PELLIX date de 1965 et est dérivé du Canon FP, reflex tout à fait conventionnel datant de l'année précédente. Il fut le premier appareil de série à avoir un miroir fixe semi-transparent : environ les deux tiers de la lumière peuvent passer vers le film et un tiers vers le viseur. La perte de lumière occasionnée représente une baisse de deux tiers de valeur (comme si l'on avait un film moins sensible, par exemple un 64 ISO au lieu d'un 100 ISO) ; ceci est à mon sens très nettement compensé par deux avantages énormes : un temps de réaction nettement réduit et surtout, l'absence totale de mouvement de la part de la pièce mobile (habituellement !) la plus lourde au moment du déclenchement sur un appareil reflex : le miroir.

La cellule du PELLIX est située sur le plancher de la cage reflex et ne se relève que pour la mesure par action du doigt sur le levier latéral commandant aussi le retardateur, appareil vu de face. Ceci a aussi pour conséquence de fermer le diaphragme à la valeur présélectionnée, que l'objectif soit un FL ou un «futur» FD. Les excellents objectifs FD, malgré toutes les possibilités qu'ils introduisaient au niveau des modes d'exposition, restent entièrement compatibles avec les appareils plus anciens. Ceci est d'autant plus remarquable qu'ils ont été conçus à l'époque d'appareils entièrement manuels et mécaniques et qu'ils permettent sans aucune modification d'exploiter la totalité des caractéristiques d'appareils électroniques et programmés comme le T 90.

Cette solution de la cellule escamotée en dehors des instants de mesure apparaitra aussi sur les Leica M5 (1971) et CL (1973).

L'obturateur à rideaux du PELLIX est composé de deux feuilles d'acier, évidemment visibles (et froissées sur mon exemplaire !) derrière le miroir semi-transparent.

Autre originalité, apparue sur le PELLIX en 1966, le système QL, ou Quick Loading, identifiable au sigle situé près du levier de retardateur. Le principe est simple : la bobine réceptrice, au lieu d'une traditionnelle bobine à fente dentée, présente des galets en métal et caoutchouc entrainant le film comme le fait le plus automatique des appareils à film récents : il suffit de poser l'amorce du film sur la bobine réceptrice, de fermer le dos et d'armer une première fois. Ce système sera repris notamment sur le FTb.

Autres petits raffinements : un obturateur d'oculaire manœuvré par une couronne concentrique à la manivelle de rembobinage et un levier dont l'une des positions est marquée «L», concentrique, lui, au levier de mesure et retardateur, et qui permet de bloquer le diaphragme en position fermée.

Canon F-1 HS (1976)

À la suite de la première retouche du F-1, en 1976, Canon en sort une version High Speed à 7 im/s, avant tout pour les spécialistes de la photo sportive ou animalière. Afin de ne pas compliquer exagérément le mécanisme déjà existant, il a été muni d'un miroir fixe semi-transparent. Ce qui a permis aussi de réduire le nombre de pièces en mouvement.

[À VOIR : FONCTIONNEMENT CELLULE]

Nikon F2 H (1978)

H comme High Speed, encore une fois, pour ce F2 très spécial qui vit le jour en 1978. Moteur spécial, évidemment mais aussi, curieusement, absence de la vitesse 1/2000e s et de tout mécanisme de présélection. De fait, tout le fonctionnement se fait à diaphragme réel, un verre de visée plus clair étant prévu à cet effet.

[À VOIR : FONCTIONNEMENT CELLULE]

Canon F-1 HS (1982)

En 1982, Canon sort un appareil exceptionnel et encore inégalé de nos jours : le F-1 HS (High Speed). Il est basé sur le F-1 New. Avec son moteur fixé à demeure, il peut atteindre l'incroyable cadence de 14 im/s. Presque une caméra. Un film 36 poses peut être grillé en un peu plus de 2 secondes...

Le miroir fixe, par une importante réduction du nombre de pièces en mouvement, permet une augmentation de la cadence que le plus rapide des moteurs ne peut amener à lui tout seul.

Pour le reste l'appareil bénéficie évidemment de la plupart des innombrables accessoires de la nouvelle gamme F-1.

[À VOIR : FONCTIONNEMENT CELLULE]

Canon EOS RT (1989)

Canon a reproduit le concept pour un des tous premiers appareils de la gamme EOS. En fait, le RT est un EOS 600 sur lequel a été greffé un miroir fixe et dont les fonctions personnalisées ont été enrichies afin d'exploiter au mieux ses nouvelles particularités.

Cette fois-ci, Canon semble avoir abandoné la course à l'armement, ou plutôt à la vitesse : la motorisation est la même que sur le 600, environ 5 im/s à la cadence maximale, mais l'accent est mis sur un nouveau mode de fonctionnement, le mode Real Time qui donne son nom à l'appareil.

Dans ce mode, l'autofocus passe au second plan : il reste tout à fait possible de l'utiliser, mais une fois une mise au point obtenue par pression du déclencheur à mi-course, l'autofocus s'arrète, miroir autofocus rétracté sur le plancher de la cage reflex, l'appareil est en attente ; le déclenchement interviendra 8 millièmes de seconde après pression complète sur le déclencheur.

Ainsi, plus de cadence moteur infernale mais un appareil beaucoup plus réactif qu'un reflex convetionnel ou même qu'un appareil à télémètre.

Canon EOS-1n RS (1995)

C'est un des plus beaux appareils jamais produits par Canon.

Construit sur une base d'EOS-1n, le RS (comme Real Shot ?) en reprend la carcasse, les capots, le viseur, le système d'exposition. Le booster d'armement est maintenant fixé à demeure et a été modifié pour offrir une cadence de 10 im/s. Le poids est très proche de celui d'un EOS-1n muni son booster.

Les caractéristiques du miroir et sont les mêmes que sur le RT : nous sommes toujours en présence de la lame semi-transparente de quelques microns d'épaisseur mais cette fois-ci, en plus d'une cadence de mitrailleuse (10 im/s, ça fait 600 im/min), le délai de déclenchement a été ramené à 6 millièmes de seconde, le mode de déclenchement rapide s'appelle maintenant RS. Il semble que Canon, encore une fois, ait pris un malin plaisir à faire dans le lourd, c'est du brutal !

Du fait même de son poids, cet appareil, malgré la perte de lumière inhérente au miroir fixe, est d'une grande efficacité en faible lumière où l'absence de vibration fait des miracles. Si le photographe qui l'utilise est capable de stabilité, cet appareil ne le décevra pas. D'autant que vu sa classe, il serait dommage de l'utiliser avec de objectifs autres que haut de gamme et à grande ouverture. En particulier, avec un zoom tel que le 28-70/2,8 L, on a un ensemble de la plus haute qualité technique, optique et surtout, si lourd ! Bref, tout pour la stabilité.

D'ailleurs, un test datant de 1995 dans l'éphémère revue Photo-expert avance que la qualité optique golbale (appareil plus objectif) est meilleure qu'avec un EOS-1n dans les mêmes conditions, y compris sur trépied, malgré des poussières visibles sur le miroir (hors de la zone de netteté, mais tout de même sur le trajet des rayons lumineux).

Au sujet des poussières, justement, Michel de Ferrières, l'auteur de cet article, a même fait des essais en déposant des cheveux en bas puis en haut du miroir (loin puis près du film, donc) sans perte notable de performances ; il a montré aussi que les gains de qualité optique par rapport à l'EOS-1n sont plutôt sensibles aux grandes ouvertures.

Seule lacune du RS aujourd'hui, un sytème AF et exposition surclassés (de peu) par ceux d'appareils très haut de gamme plus modernes. Comme cela dépend avant tout de l'évolution de l'électronique et de l'informatique, on pouvait s'y attendre. Mais son miroir fixe lui donne des avantages inaccessibles aux autres reflex (visée constante, stabilité, visibilité des éclairs de flash dans le viseur, test de profondeur de champ systématique). Bref... les avantages du télémètre plus d'autres...

À 29 ans d'intervalle...


Canon EOS-1n RS et PELLIX






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